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L’heure d’or est morte : quand les secours ne sont pas à portée de main (Prolonged Field Care)

il y a 6 jours
9 min de lecture

L’« heure d’or » repose sur une idée essentielle : en cas de traumatisme grave ou de maladie aiguë, chaque minute compte.


Mais elle ne constitue pas un compte à rebours fiable de 60 minutes. Les données scientifiques ne permettent pas de définir une limite critique universelle d’une heure exactement ; les différents traumatismes et pathologies présentent des fenêtres temporelles différentes (Lerner & Moscati, 2001).


Cela ne signifie pas que le temps est sans importance.

Bien au contraire :

Lorsque les secours sont retardés, chaque minute entre l’événement et l’évacuation devient plus importante.


Le modèle « les secours arrivent, prennent le relais et transportent la victime » fonctionne bien tant que les infrastructures sont opérationnelles. Dans des situations isolées, il peut toutefois être interrompu par la distance, les conditions météorologiques, le terrain, l’absence de communication ou des moyens de secours limités.


Commence alors une phase à laquelle de nombreuses personnes ne sont pas préparées : le temps qui suit les premiers gestes.



Prolonged Field Care: comprendre la prise en charge lorsque l’attente se prolonge heure d’or est morte

La médecine militaire désigne par « Prolonged Field Care » (PFC) la prise en charge d’un patient au-delà du délai d’évacuation habituellement prévu. Il s’agit de poursuivre les soins médicaux avec des ressources limitées, jusqu’à ce qu’une prise en charge médicale appropriée soit accessible (Keenan & Riesberg, 2017).


Pour les chasseurs, tireurs sportifs, pratiquants d’activités outdoor ou voyageurs au long cours, cela ne signifie pas qu’il faut reproduire la médecine militaire.


Cela signifie :


  • évaluer de manière réaliste sa propre chaîne de secours ;

  • prendre en compte le délai nécessaire avant l’arrivée des secours ;

  • adapter l’équipement à ses compétences ;

  • et ne pas considérer qu’un appel aux secours suffit à résoudre le problème.


L’expérience de l’Ukraine


La guerre en Ukraine a clairement montré à quel point cette hypothèse peut rapidement atteindre ses limites. Les personnes blessées n’arrivent pas nécessairement dans un établissement médical en quelques minutes ou quelques heures. Dans certaines circonstances, l’évacuation peut être retardée de nombreuses heures, voire de plusieurs jours, ou devenir impossible.


Il ne s’agit pas uniquement de la distance jusqu’à un hôpital. Des infrastructures détruites, des voies de circulation interrompues, des combats, des bombardements, l’absence de moyens de transport ou le non-respect délibéré des droits fondamentaux peuvent empêcher une évacuation rapide malgré l’urgence médicale.


La question médicale change alors fondamentalement :


Il ne s’agit plus de demander : « Comment prendre en charge le patient jusqu’à l’arrivée des secours ? », mais plutôt : « Comment le prendre en charge lorsque les secours ou l’hôpital ne sont pas accessibles pendant une période prolongée ? »


C’est précisément cette approche qui constitue un élément essentiel du Prolonged Field Care.


Les expériences vécues en Ukraine montrent également que les évacuations retardées ne constituent pas uniquement un problème militaire. Des situations similaires peuvent survenir après des catastrophes naturelles, des défaillances majeures des infrastructures, des pannes d’électricité de grande ampleur, des inondations ou d’autres situations de crise. Dans de telles circonstances, la chaîne de secours habituelle peut être temporairement saturée, interrompue ou totalement indisponible.


Une revue récente souligne ainsi l’intérêt potentiel des principes du PFC dans le contexte civil, notamment dans les régions isolées, les environnements sauvages et les situations de catastrophe, ainsi qu’en cas d’évacuation fortement retardée. Elle souligne toutefois que ces concepts doivent être adaptés aux conditions et aux besoins du contexte civil (Larcher et al., 2026).


Le Prolonged Field Care ne consiste donc pas à remplacer un hôpital sur le terrain. Il s’agit de se préparer à la possibilité que les secours professionnels ne soient pas disponibles aussi rapidement que nous en avons l’habitude au quotidien, et de pouvoir franchir cette période d’attente de la manière la plus sûre possible.



Chasse et tir sportif


La chasse et le tir sportif se pratiquent souvent dans des environnements peu favorables à une prise en charge médicale : forêts, terrains difficiles d’accès, longues voies d’accès, faible luminosité, pluie, froid et parfois de grandes distances entre les personnes présentes.


Un événement critique peut avoir de nombreuses causes :


  • une chute depuis un mirador ou sur un terrain accidenté ;

  • une plaie profonde ;

  • une blessure grave à la suite d’un accident ;

  • un problème cardiovasculaire ;

  • une réaction allergique ;

  • une dégradation brutale de l’état de santé liée au froid ou à un effort important.


Dans toutes ces situations, il ne suffit pas d’avoir simplement une trousse médicale dans la voiture. Les questions essentielles sont :


  • Le matériel se trouve-t-il auprès du patient ?

  • Quelqu’un dans le groupe connaît-il précisément notre position ?

  • Est-il clairement défini qui appelle les secours, qui reste auprès du patient et qui guide les secours jusqu’au lieu de l’intervention ?

  • Un véhicule de secours peut-il réellement atteindre le lieu de l’intervention ?


La préparation ne commence pas au moment où la blessure survient. Elle commence par le plan établi avant le départ.



Sports de montagne, milieu sauvage et sports extrêmes : l’environnement devient un patient à part entière


En montagne, sur de longues distances en pleine nature, sur l’eau ou en terrain difficile, la blessure elle-même n’est pas le seul problème. L’environnement agit également contre le patient. L’humidité, le vent, le sol froid, la chaleur, l’altitude, l’obscurité et l’épuisement physique peuvent aggraver une situation initialement maîtrisée. Lorsque l’attente se prolonge, le maintien de la température corporelle ou la protection contre la chaleur devient un élément essentiel de la prise en charge. Les recommandations européennes actuelles de premiers secours prennent explicitement en compte les facteurs environnementaux tels que l’hypothermie et les effets de la chaleur comme des situations importantes en premiers secours (European Resuscitation Council, 2025).


Une personne blessée, allongée sur un sol humide et incapable de se déplacer seule, ne présente pas uniquement un problème lié à sa blessure. Elle est également confrontée à un problème de temps et d’environnement.


C’est pourquoi toute préparation à une activité outdoor doit répondre à une question qui va au-delà de l’itinéraire, de la météo et de l’équipement :


Que se passe-t-il si quelqu’un n’est plus en mesure de poursuivre son chemin de manière autonome ?



La vidéo suivante montre une chute à vélo tout-terrain. Attention : du sang est visible.





Voyages lointains : la distance ne se mesure pas seulement en kilomètres


En Australie, au Canada ou au Brésil, un établissement médical peut sembler proche sur une carte tout en étant, en pratique, très éloigné.


Les routes peuvent être en mauvais état ou impraticables selon la saison. Le réseau mobile peut être inexistant. Les moyens de secours peuvent être limités. Les barrières linguistiques, le manque de connaissance des lieux ou des responsabilités mal définies peuvent faire perdre un temps précieux.


Avant de partir dans des régions isolées, il ne faut donc pas seulement vérifier ses documents d’assurance et ses vaccinations.


Il est également important de se poser les questions suivantes :


  • Quel numéro d’urgence utiliser dans le pays ou la région ?

  • Quel moyen de communication fonctionne en dehors des zones urbaines ?

  • Où se trouve la structure médicale la plus proche réellement accessible ?

  • Existe-t-il un plan d’évacuation ou de rapatriement ?

  • Qui, en dehors du groupe, connaît l’itinéraire, la localisation et l’heure prévue de retour ?

  • Que se passe-t-il si le véhicule tombe en panne ou si le groupe est séparé ?


Il ne s’agit pas d’une prudence excessive. C’est simplement reconnaître qu’une chaîne de secours efficace n’est pas automatiquement disponible partout.



Le plan que chaque groupe devrait avoir


Un groupe n’a pas besoin d’un plan d’intervention tactique. Mais il a besoin de clarté.


1. Alerte


Avant le départ, il doit être clairement défini comment alerter les secours si le téléphone portable ne fonctionne pas. Un communicateur satellite, une balise de détresse ou une autre solution de communication peut être utile, mais uniquement si le groupe sait l’utiliser et en connaît les limites.


2. Localisation


Au moins une personne doit savoir à tout moment :


  • où se trouve le groupe ;

  • quel est l’itinéraire suivi ;

  • où se trouvent les véhicules ou les voies d’accès ;

  • où une équipe de secours pourrait réellement accéder au groupe ;

  • et quel point de rendez-vous serait pertinent en cas d’urgence.


« Dans la forêt » ou « quelque part sur le parcours » ne suffit pas.


3. Répartition des rôles


En situation de stress, il est utile que les tâches soient clairement réparties :


  • Une personne prend en charge le patient.

  • Une personne s’occupe des communications et des informations de localisation.

  • Une personne organise la protection, l’éclairage et le matériel.

  • Une personne sécurise les alentours et guide les secours jusqu’au groupe.


Ces rôles ne doivent pas être rigides. Mais ils doivent avoir été envisagés avant l’événement, et non seulement après celui-ci.


4. Équipement


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Une trousse de secours n’est réellement utile que si elle :


  • est facilement accessible ;

  • est adaptée à l’activité ;

  • est régulièrement contrôlée ;

  • peut être localisée par plusieurs personnes ;

  • et peut être utilisée dans le cadre des compétences de chacun.


La trousse la plus complète ne sert à rien si elle se trouve dans le véhicule alors que le patient est à 800 mètres, en pleine nature.


5. Compétences


L’élément le plus important n’est pas l’équipement, mais l’entraînement.


Une personne qui emporte un garrot, un pansement compressif, une couverture de survie ou un dispositif de communication par satellite ne doit pas seulement savoir que ces équipements existent. Leur utilisation doit avoir été entraînée au préalable.


La littérature scientifique sur la prise en charge prolongée souligne précisément ce point : une évaluation structurée et répétée ainsi qu’une hiérarchisation claire des priorités permettent de limiter le risque de passer à côté d’une détérioration critique de l’état du patient (Smith et al., 2021).




Le premier geste n’est pas la fin


Lors d’une situation d’urgence, il est facile de se concentrer sur la première blessure visible.Hémorragie contrôlée. Pansement posé. Appel aux secours effectué. Terminé ?


Pas nécessairement. Lorsque les secours sont retardés, le groupe doit continuer à réfléchir :


  • L’hémorragie est-elle toujours contrôlée ?

  • L’état de conscience évolue-t-il ?

  • Le patient devient-il anormalement froid, agité ou plus faible ?

  • La respiration change-t-elle ?

  • La situation sur le lieu actuel reste-t-elle sûre ?

  • Les moyens de communication fonctionnent-ils toujours ?

  • Les secours savent-ils où chercher ?


La transition entre les premiers secours et la prise en charge prolongée commence précisément ici.

Elle ne repose pas sur une technique médicale complexe, mais sur la répétition de l’évaluation, l’observation et une approche structurée.



La communication fait partie des soins


Lors d’une transmission, il est important de préciser non seulement ce qui** s’est passé, mais aussi** quand** cela s’est produit et** comment la situation a évolué**. De simples notes peuvent être utiles :**


  • l’heure de l’événement ;

  • les maladies connues, les allergies et les médicaments ;

  • les changements observés ;

  • les mesures déjà mises en œuvre ;

  • la localisation et les possibilités d’accès au groupe.


L’objectif n’est pas d’imiter le langage médical. L’objectif est de veiller à ce qu’aucune information importante ne soit perdue.



L’évacuation commence avant l’appel aux secours


En milieu urbain, on s’attend généralement à ce que l’ambulance puisse rejoindre directement le patient.


Dans les situations isolées, l’évacuation peut être très différente. Il peut d’abord être nécessaire de rejoindre un point de rendez-vous. L’accès peut se faire uniquement à pied, avec un véhicule tout-terrain, en bateau, par les secours en montagne ou par voie aérienne. Il peut également être nécessaire de protéger et de maintenir l’état d’un patient sur place jusqu’à ce que les secours puissent l’atteindre.


C’est pourquoi toute planification devrait répondre à l’avance à la question suivante : Comment les secours peuvent-ils réellement nous rejoindre?


Pas simplement : « Nous appelons les secours », mais : « Où les secours peuvent-ils nous trouver et comment allons-nous les guider jusqu’à nous ? »


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La préparation n’est pas de l’alarmisme


Se préparer ne signifie pas transformer chaque partie de chasse, chaque séance de tir ou chaque voyage en opération militaire.


Cela ne signifie pas non plus surestimer ses propres capacités.


La préparation, c’est :


  • savoir à quelle distance des secours on se trouve réellement ;

  • adapter son équipement au scénario et à ses compétences ;

  • prévoir des moyens de communication redondants ;

  • respecter les limites de ses propres compétences ;

  • et avoir une réponse à la question de savoir ce qui se passe pendant le temps qui s’écoule avant l’arrivée des secours professionnels.


La question la plus importante n’est donc pas : Que vais-je faire lorsque les secours arrivent ?

Mais plutôt : Que vais-je faire s’ils ne sont pas encore là ?

Car l’« heure d’or » n’est pas une promesse


Mais la préparation peut déterminer dans quelle mesure le temps qui précède l’arrivée des secours sera utilisé efficacement.

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Références


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